LE DEUIL

par: Johanne Berard


Il était évident que j’allais parler de ce sujet ce matin avec les évènements que nous venons de passer depuis les derniers 48 heures. Mais ce matin ce n’est pas seulement à ma peine que je pense, non. La peine de toute personne qui perd son animal de compagnie avec qui, souvent, elle a vécu plus de 10-15 ans ou avec qui elle a passé plusieurs mois dans la maladie ou encore parti subitement dans un accident.

Tout comme chez les humains, la perte d’un chien a des conséquences profondes sur nos émotions, notre quotidien et notre vie pour toujours. On ne peut pas oublier un animal qui a partagé notre vie tout comme on oubliera jamais les personnes qui nous ont entourées. Notre chien a fait parti de notre cheminement de vie, bien souvent en retrait, mais bien là et c’est à son départ qu’on s’en rend le plus compte. L’impression d’un vide, d’un manque est présente et s’estompera après quelques temps le souvenir douloureux de sa perte disparaitra pour ne laisser que les bons. Heureusement pour les éleveurs car nous serions tous en dépression.

Chez un éleveur, le deuil est plus une montagne russe car très souvent, notre chien décédé était dans la fleur de l’âge et/ou nous a laissé une portée à s’occuper. Alors on passe d’émotions de tristesse pour la perte mais de joie pour les bébés qui lui survive. C’est un bizarre de sentiment qui bouillonne l’intérieur croyez-moi !

En 2013 j’ai vécu plusieurs deuils qui, je croyais, allaient me faire abandonner l’élevage mais c’est le décès de mon papa qui a scellé mon désir de continuer…
La petite DIOR, une de mes maltais, était enceinte et un matin se mets à aller très mal. Elle était pratiquement à terme mais je voyais qu’elle n’allait pas bien. Entré d’urgence à une autre clinique car mon vétérinaire n’était pas disponible à ce moment là, on m’annonce qu’une césarienne sera nécessaire car elle pourrait en mourir. Je laisse, donc, Dior aux soins du vétérinaire et quelques heures plus tard on m’appelle pour me dire de me rendre à la clinique, que Dior va bien. La césarienne a réussi. Elle a eu 3 bébés en santé. Je ramène la petite famille à la maison mais, au bout de 24 heures, je me rend bien compte que çà ne va pas du tout. J’enlève, donc, les bébés à leur maman et je me rend d’urgence à ma clinique habituelle pour découvrir que Dior avait une infection dans le sang. Malgré tous les bons soins reçu elle n’a pas survécu. On me rappelle, donc, et en revenant de la clinique vétérinaire, les yeux plein de larmes je reçois un appel d’une de mes belles-sœurs qui m’annonce que mon papa ne va pas bien. C’est la fin et je dois me rendre à Montréal. Je suis, là, dans mon véhicule, avec 3 bébés maltais de 2 jours qui demandent des soins aux heures, les larmes qui coulent, le cœur serré déjà depuis 48 heures et mon papa va partir. J’ai le choix entre sauver les petits et ne pas être au chevet de mon papa à son décès ou de laisser mourir les petits pour dire au revoir à mon père. Je ne souhaite à personne d’être dans une telle situation. Ma « famille de hamsters » se mets à pédaler dans ma tête à la recherche d’une solution. La seule qui me paraissait réalisable était d’amener mes 3 bébés au chevet de mon papa. Avec un minimum d’installation pour protéger les petits peut-être seraient-ils vivants à mon retour. Nous étions en octobre et ce n’était pas chaud. J’ai, soudain, arrêté de pleurer et j’ai parler à mon papa. Je lui ai demandé ce qu’il en pensait. La réponse est venu assez vite lorsque mon téléphone a sonné de nouveau. Même belle-sœur pour m’annoncer qu’il était décédé… Je me rappelle encore du silence qui m’a entouré. J’étais chez moi, dans le stationnement, entouré de la nature, avec mes 3 bébés maltais et je venais de perdre mon père et Dior, en même temps. Le pire est que je n’avais pas le temps de pleurer. J’avais 3 bébés à m’occuper. C’est au travers de mes larmes que j’ai couru pour préparer l’installation des bébés et durant les 3 jours suivants, ils sont aussi décédés l’un après l’autre. L’infection de leur maman avait passé dans le lait maternelle. Ils sont morts empoisonnés.

De toute ma vie, ce mois d’octobre 2013 a été le plus pénible et çà m’a pris plus d’un an pour être capable d’en parler sans pleurer. Malgré tout, c’est cette histoire qui m’a permit de continuer avec plus de force et de certitude que jamais. La mort d’un être cher n’est pas la fin et celle de 4 chiens en plus non plus. C’est pénible, c’est vrai, mais la vie continue comme ce matin où on doit retourner s’occuper des autres qui restent. Nous avons 10 bébés avec 3 mamans et notre meute qui compte un chien en moins ce matin, Godiva, qui restera gravé dans nos mémoires à Michel et moi.


 

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