PHOBIES

par: Johanne Berard


Dans un élevage on est amené à côtoyer toutes sortes de problèmes de comportement mais celui qui m’a le plus donné de « fil à retordre » dans ma carrière est la phobie. Si le toc est relativement facile à régler, la phobie est beaucoup plus profonde et comment savoir le degré de profondeur si ce n’est que de mettre le chien en situation de phobie? Je ne suis pas dans le cerveau de mes chiens mais je ne peux me résigner à regarder un chien souffrir mentalement sans intervenir. Je suis comme ça.

Le premier signe visible du chien phobique est son incapacité à faire face à de nouvelles situations. Je ne parle pas, ici, de la crainte de l’inconnu qui, au bout de 10 minutes disparaît comme elle était apparu, non, je parle du chien qui devient littéralement « malade » devant toute situation nouvelle. Vous savez, derrière le chien qu’on appelle le « peureux » il y a peut-être une phobie qui se cache! Fait étrange, dans une meute de chiens les phobies disparaissent plus facilement que dans une meute humaine car l’humain a une très forte tendance à « surprotéger » son chien phobique afin de lui éviter de faire face. Il l’infantilise. Ça ne se fait pas entre chien. Les comportements phobiques sont ignorés, donc, disparaissent à la longue.

Dans toute meute d’une dizaine d’individus environ, on peut comparer les sujets par leurs interactions. J’ai eu une chienne que je m’étais procuré à l’âge adulte qui était phobique à son arrivée. En ma présence elle se collait à moi comme un velcro, devenait tremblante au moindre mouvement, bavait et tombait en crises convulsives. J’ai pensé qu’elle était épileptique. Pourtant, avec les autres chiens, sans être la plus courageuse, elle agissait normalement et n’avait pas de réaction particulière, en tout cas, pas pour me mettre la puce à l’oreille qu’un problème de comportement était évident. Après la batterie de tests faite chez le vétérinaire et le constat que physiquement tout était normal, j’ai vite compris qu’elle souffrait de phobie sévère.

Ma façon d’aborder les phobies est aussi drastique que la méthode pour humains qui consiste à mettre la personne phobique en présence répétitive de ce qui déclenche les crises. Good! Mais encore faut-il trouver l’élément déclencheur de ces crises. Moi la ultra maniaque de comportement j’ai du affronter la plus grande leçon de ma vie de comportementaliste car après des centaines d’heures d’observation je n’ai pas réussi à trouver le moindre signe d’un objet, situation ou événement, de quelque nature que ce soit, qui m’aurait permis de savoir d’où ça venait. J’ai la tête dure et il n’était pas question que je laisse souffrir cette chienne pour le reste de sa vie. J’aurais pu consulter mais le problème est que je ne connaissais personne, à par moi, qui pouvait me guider au sein d’un élevage car tous mes mentors du temps n’avaient, eux-même, aucune notion ou sensibilité du comportement canin. Je ne me suis jamais autant senti aussi seule et démuni jusqu’au lendemain matin, où, j’entre dans mon chenil et en me faisant accueillir par ma meute je la voie toute calme se diriger vers moi. LUMIÈRE! Plus elle s’approchait de moi, plus les signes phobiques apparaissaient.

J’étais la cause de ses phobies!!! Pas moi personnellement mais « L’humaine » que je suis. Moi qui avait chercher aussi loin que dans les écritures et recherches des plus grands comportementalistes des États-Unis pour aider ma chienne, voilà que je découvrais la réponse tout près de moi. J’ai pleuré avec ma chienne dans les bras car dans les dernières semaines le stress avait monté en flèche. Petite anecdote… Elle léchait mes larmes. Elle ressentait ma peine et, en 1 une seule petite seconde, elle s’est calmé. C’est un moment que je n’oublierai jamais car ça a été le premier jour de sa nouvelle vie!

Après une observation intensive dans ce sens, j’ai vite compris que l’humain était la cause de ses phobies. Elle avait appartenu à une dame hyper protectrice, qui ne la laissait pratiquement pas toucher par terre, ne laissait personne la toucher et n’avait quasi aucune activité sociale. Elle avait développer la peur, que sa maîtresse nourrissait abondamment, jusqu’au jour ou ses peurs sont devenues PHOBIQUE. À ce moment elle avait 2 ans et je me disait que ça ne serait pas facile pour elle mais qu’il fallait le faire. Dans ce temps, j’habitais en ville et un jour j’ai commencé à l’amener prendre de longue marche dans le centre-ville de Montréal en empruntant une route différente à chaque fois. Chaque fois qu’elle tentait de se coller à moi, je la repoussais. Elle devait affronter ses peurs elle-même. Si au début je ne laissais pas les gens la toucher, au bout de 7 jours elle se laissait toucher par des étrangers et allait même jusqu’à leur sentir la main. Même si elle n’a jamais été plus que parfaite et qu’elle a gardé des séquelles de ses phobies, elle a pu avoir une vie normale jusqu’à sa mort, chez le vétérinaire et dans mes bras, nous quittant d’un cancer généralisé à l’âge de 8 ans. Je soupçonne, encore aujourd’hui, que ses phobies auront été responsables du développement de son cancer. Elle s’appelait COQUINE!

Cette chienne m’a enseigné à ne jamais abandonné un chien qui est en détresse que ma persévérance pouvait guérir des troubles aussi profonds que les phobies. Je n’ai fais euthanasié que deux chiens dans toute ma vie THOR et WILLY parce-qu’ils représentaient un danger pour les humains qui étaient, pourtant, les responsables de ce qu’ils étaient devenus, tout comme Coquine.


 

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